| Entretien avec les artistes
et artisans du film Idole Instantanée
Yves Desgagnés fait ses premiers pas comme réalisateur
avec le film Idole Instantanée qui prendra l’affiche
le 15 juin prochain dans les salles du Québec. Mettant en
vedette une Claudine Mercier multipliée cinq fois, Idole
Instantanée pose un regard critique sur le phénomène
de la téléréalité et sur une société
de consommation inévitablement happée par ce genre
de produit. Dans le cadre de la tournée promotionnelle du
film, LeCinema.ca a rencontré pour vous les artistes et artisans
de cette satire mordante et drolatique.
Mettant entre autres en vedette Claudine Mercier, Maxime Denommée,
Louise Turcot, Martine Francke et Serge Postigo, Idole Instantanée
suit quatre finalistes d’un concours du style Star-Académie
lors de la plus importante journée de leur vie. Nous verrons
ces quatre femmes dans leur famille, dans leur patelin, avec leurs
amis, etc. Alternant entre des scènes extrêmement comiques
et des scènes très émouvantes, on deviendra
très attaché à tous ces personnages tout en
s’y identifiant.
Claudine Mercier y incarne d’abord Simon, le gagnant de la
dernière édition masculine de Idole instantanée,
qui sévit partout avec son tube Avec l’amour grâce
à OMNI GLOBAL « le réseau qui vous cajole de
partout ». Puis, elle est Mimi Dubé, l’intello
timide que le public adore. Elle est aussi Daphnée, la joyeuse
et naïve orpheline, Cat Pinchaud, la rockeuse au cœur
tendre de mère et finalement Manon Lemieux, la belle qui
est totalement sous l’emprise de sa mère. Chacune des
finalistes possède une personnalité et une voix qui
lui sont propres et Claudine Mercier se métamorphose littéralement
pour incarner chacune d’elles. Mais comment a débuté
cette belle aventure…
La téléréalité selon Émile Gaudreault…
Le scénariste Émile Gaudreault est fasciné
par la téléréalité depuis longtemps.
Dès ses débuts au cinéma, avec Louis 19, Gaudreault
a voulu étudier le phénomène sous toutes ses
coutures. Aussi, lorsqu’un producteur lui a demandé
d’écrire un « Cruising bar féminin »,
l’auteur avait déjà sa petite idée en
tête. Mais c’est véritablement lorsqu’il
est allé voir le spectacle de Claudine Mercier qu’a
germé en lui le concept d’Idole Instantanée.
On savait donc dès le départ qu’on voulait Mercier
pour incarner 5 personnages distincts, dont l’un d’eux
(Daphnée) est directement inspiré d’un numéro
de l’humoriste. Il a donc écrit, avec l’aide
de trois autres scénaristes (Martin Forget, Daniel Thibault
et Marc Brunet), cette comédie qui vous divertira cet été.
Lorsqu’on demande à Émile Gaudreault s’il
est satisfait du résultat final et du travail accompli par
Yves Desgagnés, il acquiesce sans hésiter. Il a particulièrement
apprécié la façon dont Desgagnés a travaillé
ses personnages de l’intérieur plutôt que d’en
faire des caricatures en les fardant à outrance. Il a également
apprécié la réalisation rythmée et soutenue.
Et quel était le plus grand défi de Gaudreault lors
de l’écriture de ce scénario? « Il fallait
que les quatre personnages aient une humanité, qu’ils
soient drôles, mais pas ridicules, qu’on les aime. Il
fallait que le public veuille savoir ce qu’il advient de ces
filles à la fin » affirme l’auteur. « Le
défi était donc de faire une satire de la téléréalité,
mais que paradoxalement, les gens embarquent émotionnellement
dans cette aventure ».
Mais que pense véritablement Émile Gaudreault de la
téléréalité. Il consomme bien sûr
de ce type de télévision, mais déplore le fait
que l’on exploite des gens qui ont peut-être un peu
moins de talent juste parce qu’ils sont de « bons personnages
». Pourtant, selon lui, la téléréalité
est un phénomène incontournable. Il affirme sans hésiter
: « être contre la téléréalité,
c’est comme être contre la température…
». « La téléréalité fait
partie d’un désir universel de se faire reconnaître,
d’être vu, d’être adulé. Ça
a toujours existé ce désir là, c’est
seulement que maintenant nous avons la technologie pour répondre
à ce désir».
Yves Desgagnés… « Un enfant gâté
»
Yves Desgagnés n’hésite pas à se qualifier
« d’enfant gâté » lorsqu’il
contemple la chance qu’il a eue de pouvoir réaliser
ce film haut en couleur. Avant tout homme de théâtre
et acteur du petit écran, Desgagnés avait tout un
défi à relever. Il n’a cependant pas reculé
lorsque la productrice Denise Robert lui a offert les commandes
de ce projet d’envergure. « C’était bien
fatiguant » s’exclame-t-il avec entrain. « C’est
le même processus de création qu’au théâtre,
mais la machine du cinéma, c’est autre chose! J’ai
aimé qu’on puisse choisir ce que le spectateur regarde,
contrairement au théâtre où le public a le contrôle
sur l’endroit où il regarde ».
En outre, Yves Desgagnés a réussi à rassembler
110 comédiens parlants pour ce film, un véritable
tour de force. Il a beaucoup aimé travailler avec Claudine
Mercier dont il a apprécié l’humanité.
Et que pense véritablement Yves Desgagnés de la téléréalité?
« Ce qui est troublant dans tout ça, c’est qu’on
est tous happé par ça ». Le réalisateur
dénonce aussi tout l’aspect commercial de ce phénomène.
« On fait de ces jeunes talents des produits de consommation
et c’est ce que j’ai voulu montrer dans le film ».
Selon Desgagnés, « il n’y a rien de pire que
la convergence des médias qui disposent de vedettes comme
bon leur semble ». Il ne mâche pas ses mots en affirmant
qu’il s’agit « d’un retour déguisé
du régime totalitaire ». Il ne veut toutefois pas convertir
un public amateur de téléréalité. Il
veut plutôt amuser, divertir. Nous croyons qu’il gagnera
son pari!
Par ailleurs, Yves prévoit un nouveau long métrage,
avec le concours de Denise Robert : une adaptation moderne et québécoise
du classique Roméo et Juliette de Shakespeare, dont le tournage
devrait débuter en septembre. Nous avons bien hâte
de voir ce qu’il nous réservera…
Des acteurs choyés
Claudine Mercier, Louise Turcot, Martine Francke et Serge Postigo
ont tous apprécié l’expérience du tournage
de cette comédie satirique et le travail remarquable de direction
de Yves Desgagnés. Tous les comédiens ont accepté
de nous livrer leurs commentaires et émotions à propos
de ce film qui leur a procuré de beaux moments.
Lors de la première montréalaise, Claudine Mercier
a eu droit à une ovation comme elle n’en avait jamais
eue. Elle s’est sentie particulièrement choyée
et émue de cet accueil que lui a réservé le
public. Et sa première expérience au cinéma?
« Ce fut une expérience très éprouvante,
stressante, mais aussi très intéressante. Je suis
fière d’avoir dépassé mes peurs, mes
insécurités et d’avoir accepté d’embarquer
dans le projet. J’espère que l’accueil sera bon
». Claudine a adoré jouer cinq personnages quoique
la charge de travail était immense. Elle s’est sentie
soutenue par Yves Desgagnés et aussi Muriel Dutil qui était
son coach.
Et où se positionne Claudine Mercier dans le débat
lancé récemment concernant la présence d’humoriste
au cinéma? Elle ne se sent pas tellement touchée par
cette question puisqu’elle a un baccalauréat en théâtre,
mais elle comprend la frustration de certaines personnes. Elle croit
cependant que la présence d’une vedette à l’écran,
peu importe de quel milieu elle provient, alimente l’industrie
et permet à d’autres personnes de travailler.
Pour ce qui est des autres comédiens, ils ont tous apprécié
travailler avec Yves Desgagnés qu’ils n’hésitent
pas à qualifier de « spécialiste de l’acteur
». « Yves aime les acteurs, il les connaît, il
leur fait confiance. C’est un plaisir de travailler avec lui
» s’exclame Martine Francke qui incarne l’amie
de Mimi. Elle et Serge Postigo avaient d’ailleurs déjà
étudié sous la direction du réalisateur à
l’École nationale de théâtre. Les comédiens
ont donc tous vécu une belle expérience, notamment
Louise Turcot qui se paie un rôle particulièrement
drôle en incarnant la mère excessive de Manon. Espérons
que les fous rires que les comédiens se sont offerts lors
du tournage se propageront dans les salles de cinéma du Québec!
Nos impressions…
Après Le Survenant et C.R.A.Z.Y., Idole Instantanée
démontre encore à quel point le cinéma québécois
est diversifié, intelligent et qu’il n’a rien
à envier à celui de nos voisins du Sud. La réalisation
cadencée, rapide, rappelle bien ces émissions qui
meubleront nos dimanches soirs dès l’automne et les
performances des acteurs, certaines plus empruntées que d’autres,
donnent malgré tout le ton juste. Claudine Mercier, étonnante,
se fait littéralement oublier sous les atours de ses cinq
protagonistes. Elle démontre un talent incontestable pour
la comédie et le cinéma et ses performances vocales
époustouflantes n’ont rien à envier à
celles des grandes vedettes de la chanson. Elle apporte la touche
d’humanité qu’il fallait pour créer un
juste équilibre entre parodie et réalité. Certains
rôles secondaires provoqueront également l’hilarité,
qu’on pense aux personnages de Muriel Dutil, Denis Arcand,
Pierre Curzi (peu loquace), Guy A. Lepage et Sylvie Léonard.
Des situations cocasses vous paraîtront aussi étrangement
familières (voir la scène de l’hélicoptère!).
Idole Instantanée est un film efficace qui, malgré
un ton humoristique, critique vertement la convergence des médias
et l’aspect monstrueux d’un phénomène
qui ne laisse personne indifférent. Sont bien illustrés
ici l’omniprésence des vedettes éphémères
dans la société et le pouvoir que le public se donne
sur ces artistes. Comme le démontre si bien la scène
de « kidnapping » de Mimi, on concède sans hésiter
le succès, mais on se garde un droit de propriété
sur ces vedettes.
En somme, Idole instantanée est un film drôle, rafraîchissant
qui a le mérite de nous faire réfléchir sur
nos habitudes de consommation et sur le rôle que jouent les
médias dans nos vies. Malgré l’utilisation de
quelques stéréotypes et le jeu parfois maniéré
de certains comédiens, cette satire vaut nettement le détour.
Mais, prenez garde, vous chantonnerez sans doute malgré vous
le « hit » si kitsch Avec l’amour à votre
sortie du cinéma!
Source: Site internet
Le cinéma.ca
Auteur: Stéphanie Nolin
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