Le défi de Serge Postigo

Lorsqu'il a accepté d'animer le dernier gala des Gémeaux l'année dernière, tout le monde a pensé que Serge Postigo se casserait la figure. Eh bien non! Son gala, présenté à ARTV, a été un succès. Il l'avait conçu, écrit et animé. Grosse job.

Le revoilà qui se lance dans une aventure risquée. Une émission de 30 minutes sur la culture l'automne prochain, quatre soirs semaine, à Télé-Québec, qui veut attirer plus d'auditoire que le Libre échange de Suzanne Lévesque mort cette année. Le titre : Ça manque à ma culture.

Télé-Québec prévoit déjà que ce sera le happening culturel de la rentrée.

Deux risques au départ : les quatre émissions seront toutes enregistrées devant public le lundi soir, soir de relâche au théâtre, où les acteurs sont libres de sortir, et M. Postigo aussi. Immédiatement, on pense à On n'a pas toute la soirée d'Éric Salvail qui s'est planté la première année avec un seul enregistrement servi en tranches soir après soir.

Rien à voir avec On n'a pas toute la soirée, réplique Philippe Lapointe, ancien VP programmation à TVA devenu producteur privé chez Pixcom. «Si on avait plus de budget et Serge plus de disponibilité, on la ferait quatre soirs semaine.»

L'autre danger est plus grand encore : Ça manque à ma culture fera de la critique. Or, c'est toujours difficile sinon impossible pour un artiste d'en critiquer un autre. Publiquement, s'entend. Rappelez-vous la sortie de Christian Bégin à Tout le monde en parle. Il avait reproché à Denys Arcand d'avoir choisi Stéphane Rousseau, un humoriste, et pas un acteur pour jouer le fils de Rémy dans Les invasions barbares.

L'encre avait coulé et était plutôt rouge sang que bleue.

Le producteur Lapointe s'interpose : «On veut une critique utile et constructive. Il n'y aura pas de bashing d'oeuvres et d'artistes. On a un parti pris pour les artistes.»

Michèle Fortin, la PDG, intervient : «Ce n'est pas un show de plogues, ni un show de critiques non plus». Elle admet toutefois que la ligne est mince et qu'il faudra faire des prouesses pour ne pas culbuter dans le vide.

Serge Postigo explique qu'on enverra deux personnes voir un film, une pièce ou une exposition. Un critique et quelqu'un d'autre qui émettront chacun leur point de vue. «Personne ne sera là pour dire seulement qu'il a haï ça. Cela ne nourrit pas. On ne fera pas de jugements bêtes.»

Il y aura donc des chroniqueurs, mais leur nom et leur nombre n'a pas été divulgué hier.

En plus de tous les arts habituels, l'émission va parler de télévision. Et pas seulement de celle diffusée à Télé-Québec. Il n'est pas arrivé souvent que la télévision analyse la télévision. «La transformation de la télévision actuelle nous intéresse. La mondialisation avec des Banquier partout», dit Mme Fortin.

Philippe Lapointe déclare qu'en cette période de chicanes de réseaux, seule Télé-Québec peut parler librement des autres réseaux.

L'heure de l'émission n'est pas encore précisée. En début de soirée avec reprise en fin de soirée.

Le choix de Serge Postigo s'est fait sur son travail aux Gémeaux et aussi sur sa série À vos marteaux, où non seulement il est animateur, mais participe pleinement aux rénovations. À sa nouvelle émission culturelle, il fera des performances parlées ou chantées. Vous voyez le parallèle.

Philippe Lapointe aime son intelligence, son énergie, sa culture et son naturel. L'agent de Serge Postigo a d'abord dit non : une job d'animation n'intéresserait pas son homme. Mais quand il s'est agi de conception du projet, et pas seulement d'animation, c'était déjà tentant. L'input créatif, voilà à quoi carbure l'acteur.

M. Postigo continuera de faire du théâtre et d'animer la nouvelle saison d'À vos marteaux. Mais il renoncera aux Gémeaux en septembre prochain parce que sa pièce Neuf sera en tournée à Québec ce soir-là.

L'idée de Ça manque à ma culture est de persuader l'auditoire que la culture n'est pas épeurante. «Avant de dire que vous n'aimez pas le brocoli, encore faut-il y goûter», conclut Serge Postigo qui avouera sans problème quels arts il connaît moins. Et veut découvrir.

Source: La Presse sur Cyberpresse.ca
Auteur: Louise Cousineau

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