PAS TOUJOURS DRÔLE Viendra, viendra
pas...
Ils sont, professionnellement, mariés avec
le rire. Pour le meilleur ou pour le pire, donc. Sauf qu'humainement,
ils ne traversent pas la vie un sourire plaqué aux lèvres.
Il leur est arrivé de ne pas avoir envie de (faire) rire.
En voici une preuve. Celle de Serge Postigo, qui court chaque soir
un «marathon» avec Éric Bernier: Le Mystère
d'Irma Vep, c'est huit rôles à deux et une soixantaine
de changements de costumes en deux heures!
Ce soir-là, il était lourd, le coeur
de Serge Postigo. «C'était le 21 août, l'une
des dernières représentations d'Irma la douce»,
se souvient celui qui, ces jours-ci, se donne à une autre
Irma, Vep celle-là. Facile de sauter aux conclusions et d'imaginer
que son malaise était né à l'idée de
l'éclatement prochain de cette famille théâtrale
qui s'était formée sous le signe du rire et de la
complicité. Cliché. Et pas le genre de Serge Postigo.
Pas du tout.
Dans sa tête, il y avait sa vraie famille,
qui compterait très bientôt un membre de plus. «Marina
pouvait accoucher d'un moment à l'autre. Et moi, au lieu
de vivre les dernières heures de la grossesse avec elle,
j'étais sur une scène à faire le comique, raconte-t-il.
Disons que ce soir-là, l'image que j'avais de moi n'était
pas forte, forte.»
Mais, comme le dit Denise Filiatrault- et Serge
Postigo admet qu'il abonde plutôt dans son sens- «quand
un acteur ne se rend pas au théâtre, c'est qu'il est
mort». Ce qui explique d'ailleurs pourquoi, dans une autre
circonstance pas drôle, le comédien qui s'était
sectionné tendons et nerfs à la main gauche en bricolant
chez lui et avait subi une opération de quatre heures sous
anesthésie générale, s'était pointé
au théâtre le soir même- après un détour
par les studios où il enregistrait une scène de Music-Hall.
Il aurait pu annuler. Il en avait le droit. Il
ne l'a pas pris. Par professionnalisme. Il est ainsi, Serge Postigo.
Sans toutefois pécher par inconscience. Ainsi, le soir de
l'ultime représentation d'Irma la douce, il avait pris toutes
les mesures nécessaires pour pouvoir être présent
à l'accouchement de sa conjointe- si accouchement il y avait.
«Le régisseur, en coulisses, avait mon téléphone
cellulaire. Il avait pour consigne de me l'apporter sans délai
si Marina appelait- même si j'étais sur scène.»
Finalement, l'accouchement n'a eu lieu que le 28
août. Mais, de cette représentation, Serge Postigo
se souvient surtout de ce sentiment de culpabilité. «Sauf
que ça fait partie de la game.» D'ailleurs, cet autre
jour-là, le 28 août, il devait tourner dans Music-Hall.
Là, il a tout annulé. Comme quoi, quand un acteur
ne se pointe pas, ce peut être pour une raison... non pas
de mortalité, mais de naissance.
Auteur: Sonia Sarfati.
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