| IRMA LA DOUCE
Scènes de ménage en vue
Serge Postigo et Karine Vanasse interprètent les amoureux encanaillés
d'Irma la douce.
Ils n'ont ni la vertu ni la dimension tragique de Roméo et Juliette,
mais d'ici quelques jours, ils chanteront et danseront comme eux
leur amour impossible.
Irma la prostituée et Nestor-le-Fripé, les amoureux encanaillés
de la comédie musicale Irma la douce, seront interprétés par deux
acteurs qui savent réellement jouer.
Si Serge Postigo a une expérience de la scène très complète et variée
(Grease, Comédie dans le noir, Ladies' Night, Le Vent et la Tempête,
etc.), Karine Vanasse fera ses premiers pas. On a tendance à oublier
que la jeune lauréate d'un Jutra pour Emporte-moi, qui a également
tenu des rôles dans le film Du pic au coeur et dans les émissions
Les Débrouillards et 2 frères, n'a pas encore 20 ans et n'est jamais
montée sur les tréteaux.
Pour une première expérience, ça en est toute une. La comédienne
a dû suivre des cours de chant intensifs et des leçons de danse.
En plus, elle affronte tous les jours une armée de testostérone,
étant la seule fille de cette distribution de 10 acteurs, dont Martin
Larocque, Joël Legendre, Fabrice Fara et Sylvio Orvieto.
«J'apprends à répondre, à prendre ma place dans une gang de gars.
Je ne me sens pas du tout mise de côté.» Et Serge Postigo, le grand
frère, de suggérer qu'elle pourrait parfaire son exercice d'affirmation
de soi en l'accompagnant cet automne pendant la tournée du spectacle
Ladies' Night.
Parions tout de même que maman Filiatrault veille à la protection
et au bonheur de sa jeune première. La metteure en scène l'a même
amenée à Paris avant le début des répétitions, pour faire un pèlerinage
en terre très peu sainte. «L'idée était de passer du temps avec
Denise. On est allées à Pigalle, dans la rue Saint-Denis. J'ai observé
les filles, leurs gestes, leurs attitudes.»
Entre Serge Postigo et la dame de fer qui l'a dirigé l'an dernier
dans Comédie dans le noir, la complicité était déjà acquise. «Denise
est toujours profondément amoureuse du spectacle qu'elle est en
train de monter. Il faut que tout passe après le show pour ceux
et celles qui travaillent sur la production.»
Mais disons que le comédien a deux ou trois priorités par les temps
qui courent, dont l'enfant qu'attend sa compagne, Marina Orsini.
Plutôt que de nuire à sa concentration, cet heureux événement lui
donne de l'énergie. «C'est très stimulant de savoir que je vais
être papa. Il y en a qui créent mieux dans le malheur. Moi, je suis
beaucoup plus efficace quand les choses vont bien dans ma vie.»
Serge Postigo et les autres ne s'apprêtent tout de même pas à jouer
une pièce de Botho Strauss ou de Sarah Kane. La bonne humeur, la
légèreté et le musette (interprété par un accordéoniste russe, Vladimir
Sidorov) sont intrinsèques à Irma la douce, qui est après tout une
«vraie» comédie musicale, on ne peut plus rétro, tant dans les émotions
que dans la forme. «C'est une oeuvre très naïve. La situation est
complexe, les amants sont troublés et déchirés, mais il y a un petit
côté fleur bleue très gentil, avoue le comédien. Le milieu n'est
pas dépeint tel qu'il est.»
Le milieu, c'est celui de la prostitution, des bas-fonds de Paris.
Mais ce que le librettiste Alexandre Breffort a dépeint sur la musique
de Marguerite Monnot est un Paris de Pigalle plutôt propret, tel
qu'on aimait se l'imaginer en 1956, année où Irma la douce fut créée
dans la Ville lumière, avec Colette Renard et Michel Roux dans le
rôle des amoureux. Dans le film récent Rue des plaisirs, le cinéaste
Patrice Leconte reprenait justement cet univers édulcoré où les
prostituées ont le coeur sur la main et accomplissent leur métier
dans la joie.
Si elle est jeune, Karine Vanasse en a vu d'autres. Elle sait bien
que le personnage qu'elle interprète ne reflète pas la réalité des
travailleuses de rue, bien qu'elle affirme avoir rencontré à Paris
quelques exceptions qui pratiquaient leur métier avec le sourire.
«Je ne sentais pas qu'elles traînaient quelque chose de terriblement
lourd.» La comédienne a également rencontré une travailleuse de
Stella -un organisme qui défend les droits des travailleurs du sexe-
pour préparer son rôle. Parions tout de même qu'on ne lui a pas
envoyé la plus fanée des fleurs de trottoir.
IRMA LA DOUCE, texte d'Alexandre Brefford, musique de Marguerite
Monnot, mise en scène de Denise Filiatrault. Une production du Théâtre
Juste pour rire présentée au Théâtre du Nouveau Monde à compter
du 2 juillet.
Auteur : Ève Dumas.
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