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Serge Postigo se fait regarder de travers...
Au lendemain de la première montréalaise d'Aurore,
Serge Postigo était encore un peu sous le choc. L'interprète
de Télesphore Gagnon, le père de la petite Aurore
qui, comme envoûté par la belle cousine qu'il épouse
après la mort de sa femme, met le doigt dans une engrenage
sordide dont il ne sortira pas indemne, a été surpris
par la réaction des gens à son égard.
"Des gens du public sont venus me voir et m'ont dit qu'ils
avaient été déçus de me voir tenir un
rôle comme celui-là. Je le prends comme un compliment,
mais je trouve ça aussi très dur. Un peu comme si,
dans leur esprit, il existait forcément une zone d'ombre
en moi qui s'était exprimée à travers ce personnage."
Autre élément de surprise, Postigo a aussi senti que
des gens qui le connaissent pourtant très bien, qui exercent
même parfois le même métier, ont porté
sur lui un regard différent dès la fin de la projection.
"Certains ont même été incapable de m'adresser
la parole! Je ne m'attendais pas à cela. On constate que
le temps où les gens apportaient des vivres à Donalda
n'est pas si éloigné, finalement. Très franchement,
je n'ai pas passé une bonne n uit. Même mon amoureuse
a mis du temps avant de m'en parler..."
Est-ce à dire que l'acteur y pensera désormais à
deux fois avant d'accepter de se glisser dans la peau d'un personnage
peu aimable? Pas du tout. "Il ne faut absolument pas que je
me laisse guider par cet aspect des choses dans mes choix. L'idée
n'est pas de devenir sympathique aux yeux des gens. Tant mieux si
c'est le cas, mais l'exercice consiste avant tout à donner
vie à des personnages." Celui qui, en quelque sorte,
fût "révélé" au cinéma
en incarnant Olivier Guimond dans Alys en cinémascope dit
en tout cas être ravi d'avoir la chance de pouvoir camper
des rôles très différents. À cet égard,
sa prestation dans Le mystère d'Irma Veo, la pièce
de Charles Ludlam dans laquelle il jouera pendant toute la saison
estivale, constitue un contrepoint bienvenu à Télesphore.
"Je me retrouve un peu dans une situation idéale, concède-t-il.
Dans la mesure où l'on me donne la possibilité d'explorer
des registres très différents, tant au théâtre,
qu'à la télévision ou au cinéma. Pour
moi, chaque rôle est important."
Ainsi, le cinéma, qui n'avait curieusement pas fait appel
à lui jusqu'à tout récemment, ne représente
pas dans son esprit une fin en soi.
"Il y a des acteurs pour qui le cinéma constitue l'ultime
fantasme, mais je ne fais pas partie de ceux-là. Ce qui m'importe,
c'est de camper des personnages intéressants, peu importe
le mode d'expression. Ce sont d'ailleurs de gens de théâtre
qui m'ont emmené au cinéma."
Avant de lire le scénario, Serge Postigo avait, un peu comme
tout le monde une vision "épouvantable" d'Aurore.
"Ce sera quoi après? Les Forges de Saint-Maurice?",
se demandait-il alors. L'acteur s'est toutefois ravisé très
vite.
"La première chose que Luc ma dite, c'est que Télesphore
n'était pas un "mou". Je trouvais passionnant de
tenter d'expliquer pourquoi cet homme s'était laissé
entraîner aussi loin."
Source: La presse
Auteur: Marc-André Lussier
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