Critique Ma vie en cinémascope
Le film consacré à la vie d'Alys Robi a dépassé
le cap des deux millions de recettes à sa quatrième
semaine de diffusion. Par opposition, la mégaproduction Nouvelle-France,
de Jean Beaudin, n'a récolté que 1 815 763 $ après
huit semaines. La critique de Michel Coulombe.Alys, Denise et Pascale. Un film et la rencontre de trois femmes.
Prenant son sujet à bras-le-corps, l'histoire à la
fois d'une réussite exceptionnelle et d'un destin tragique,
Denise Filiatrault installe un réseau de correspondances
entre différentes périodes de la vie de la chanteuse
Alys Robi, gloire des années 40. Une vie de contrastes. D'un
côté le satin, les fourrures, les bijoux, les paillettes,
de l'autre le crâne rasé, la froideur clinique, les
hurlements, la lobotomie. Entre ces représentations du ciel
et de l'enfer, la scène et l'institut psychiatrique, la religion
occupe une place de premier plan, obsédante. Prières,
chemin de croix, sermon, confessionnal. Le Québec des années
noires.
Nerveux, rythmé, efficace
Loin de la linéarité et, surtout, de la très
mince trame dramatique de C't'à ton tour Laura Cadieux, ses
débuts à la réalisation, Filiatrault offre
ici, et de loin, son meilleur film. Le montage, signé Yvann
Thibodeau, est nerveux. Les scènes sont brèves et
les ellipses efficaces. Le film est construit autour d'association
d'images qui relient par exemple les premières règles
de la jeune fille à la table d'opération qui bouleversera
le cours de sa vie. Tout cela contribue à donner du rythme
au film. Il apparaît vite évident que la réalisatrice
aime et comprend son personnage, à qui elle a déjà
consacré une série télévisée.
Contre toute attente, loin de dresser le portrait lisse d'une martyre,
elle accepte d'en montrer certains aspects plus sombres.
À couper le souffle!
Pascale Bussières offre une performance à couper le
souffle. Elle rend avec un bonheur égal la détermination,
la sensualité et la folie d'Alys Robi. À des lieues
de son image de jeune femme moderne, elle chante, charme, ondule
et chaloupe sous les projecteurs. Et, lorsqu'il lui faut sombrer
dans la démence, elle impressionne plus que jamais, tour
à tour brisée, vulnérable et explosive. Bussières
est entourée d'une impeccable distribution, où il
fait plaisir de découvrir Serge Postigo dans le rôle
d'Olivier Guimond, Chantal Baril en Juliette Pétrie et Denis
Bernard en Lucio Agostini. On peut parier qu'on ira nombreux la
voir chanter et souffrir au cours des prochaines semaines pour revivre
avec elle la chute d'une idole et partager l'impuissance des siens.
Ma vie en cinémascope a tout d'un grand film populaire.
4 étoiles = très bon
Source: Site
internet de Radio-Canada
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