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Serge Postigo : Aurore c'est
l'histoire du Québec profond
« Aurore, c'est l'histoire du Québec profond, l'histoire
d'une famille qui éclate, mais c'est surtout l'histoire d'un
abandon. »
Alors que le film de Luc Dionne, Aurore, sort enfin sur les écrans
à l'issue d'un important battage médiatique, le comédien
Serge Postigo, qui incarne le père de la petite martyre,
Télésphore Gagnon, a accordé une entrevue à
Gilles Gougeon dans le cadre de l'émission C'est bien meilleur
le matin.
Une menace qui nous guette tous
Pour lui, cette histoire d'enfant maltraitée prend toute
sa valeur parce qu'elle parle de l'abandon de ce père qu'il
incarne, face à son enfant. « L'abandon, cela peut
nous arriver à tous », explique-t-il, « bien
entendu, je ne prendrai pas un tisonnier pour frapper mon enfant,
mais que dire de ces gens qui travaillent 70 heures par semaine,
qui rentrent chez eux et s'empressent de prendre leurs messages,
de téléphoner au bureau, et qui ne parlent à
leurs enfants que quand ceux-ci sont prêts à aller
au lit ? Cela aussi, c'est de l'abandon. »
Choc et réticences
Le rôle du père d'Aurore présentait de grands
défis, explique encore Serge Postigo. Celui de la marâtre
est clair, dans la folie, tandis que le sien est plein de nuance,
de zones d'ombre, à un point tel que les gens le regardaient
étrangement à l'issue de la projection initiale. Même
sa femme, dit-il, a semblé un moment choquée par le
personnage.
Culpabilité collective
Serge Postigo admet avoir hésité à participer
à ce projet cinématographique, qui touche à
un fait divers sordide : « Avant de lire le scénario,
je me disais, non, ce n'est pas possible ! Mais je me suis rendu
compte que je ne connaissais pas l'histoire d'Aurore. C'est vraiment
l'histoire du Québec de cette époque. » Il explique
qu'Aurore aborde la question de la culpabilité non seulement
individuelle, mais collective : « Les gens qui se taisent,
autour de la marâtre, sont aussi coupables que la main qui
a frappé. » Ce film, juge Serge Postigo, parle de nous,
et le fait avec intelligence.
Aurore, archétype de l'enfance maltraitée
Qui a pu oublier le pathétique personnage d'Aurore, l'enfant
martyre, ce petit visage exsangue, cheveux emmêlés
et en haillons? Et le noir regard de la belle-mère, devant
l'indifférence coupable du père?
L'imaginaire québécois s'est nourri de ce fait divers
sordide du Québec des années 20, l'histoire d'une
enfant martyrisée par son exécrable belle-mère;
si maltraitée, en fait, qu'elle en mourra et que la marâtre
comme le père seront traduits en justice. Cette histoire
a inspiré plusieurs ouvrages et films.
Source: Le site
de Radio-Canada
Auteur: Florence Meney
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